Page:Pline le Jeune Lettres I Panckoucke 1826.djvu/203

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de nuages orageux ; mais pour chasser mes domestiques de cet asile, il faut d’abord qu’il ait troublé la sérénité du ciel[1]. Tout auprès, il y a une chambre ronde, dont les fenêtres reçoivent successivement le soleil à tous les degrés de sa course : on a ménagé dans le mur une armoire qui me sert de bibliothèque, et qui contient, non les livres qu’on lit une fois, mais ceux que l’on relit sans cesse. A côté, sont des chambres à coucher, que sépare seulement de la bibliothèque un passage suspendu et garni de tuyaux[2], qui conservent, répandent et distribuent de tous côtés la chaleur qu’ils ont reçue. Le reste de cette aile est occupé par des affranchis ou par des valets ; et cependant la plupart des appartemens en sont tenus si proprement, qu’on y peut fort bien loger des maîtres. A l’autre aile, est une pièce fort élégante : ensuite une grande chambre, ou une petite salle à manger, que le soleil et la mer semblent égayer à l’envi. Vous passez après cela dans une chambre, à laquelle est jointe une antichambre : cette salle est aussi fraîche en été par son élévation, que chaude en hiver par les abris qui la mettent à couvert de tous les vents. A côté, on trouve une autre pièce et son antichambre. De là, on entre dans la salle des bains, où est un réservoir d’eau froide ; l’emplacement est grand et spacieux : des deux murs opposés sortent en rond deux baignoires si profondes et si larges, que l’on pourrait au besoin y nager à son aise ; près de là, est un cabinet pour se parfumer, une étuve[3], et ensuite le fourneau nécessaire au service du bain. De plain-pied, vous trouvez encore deux salles, dont les meubles sont plus élégans que magnifiques ; et à côté, le bain d’eau chaude, d’où l’on aperçoit la mer en se baignant. Assez près de là, est un jeu de paume, percé de ma-

  1. Mais pour chasser, etc. Le traducteur n’a pas compris ce passage ; il avait rendu : là, on ne connaît d’autre vent que ceux qui, par quelque nuage, troublent plus la sérénité du ciel que la douceur de l’air qu’on respire en ce lieu. Sans bien comprendre cette phrase embarrassée de De Sacy, on entrevoit cependant qu’il a voulu exprimer une idée étrangère à celle du texte latin.
  2. Garni de tuyaux. De Sacy a lu tabu/atus, et traduit en conséquence, qui pour être suspendu et n’avoir qu’un plancher d’ais, répand et distribue de tous côtés la chaleur qu’il a reçue. La leçon et l’interprétation que nous avons adoptées nous semblent plus naturelles et plus conformes à l’ensemble des idées ; elles sont d’ailleurs appuyées par un passage de Sénèque (ep. 90), où il est parlé de constructions suspendues et de tuyaux qui circulent pour répandre la chaleur.
  3. Un cabinet pour se parfumer. J’ai adopté, avec Schæfer, la leçon unctorium, hypocaustum, au lieu de unctorio imo hypocaustum.