Page:Plutarque - Vies des hommes illustres, Charpentier, 1853, Tome 1.djvu/409

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aux stratèges de prendre soin de la sûreté personnelle de cet homme.

Vers le même temps, Aspasie eut à se défendre d’une accusation d’impiété, intentée contre elle par le poète comique Hermippus[1], qui l’accusait en outre de recevoir secrètement chez elle des femmes de condition libre, pour les livrer à Périclès. Diopithès rédigea ensuite un décret ordonnant à tous de dénoncer ceux qui ne croiraient pas aux dieux de l’État, ou qui disputeraient sur les phénomènes célestes. Son but était de faire tomber quelques soupçons de cette nature sur Périclès, à cause de ses liaisons avec Anaxagore. Le peuple accueillit le décret avec faveur, et autorisa les poursuites. Alors Dracontidès rédigea à son tour un autre décret : c’était que Périclès remît les comptes de son administration financière entre les mains des Prytanes[2] ; et que les juges prononçassent la sentence dans la ville, à l’autel de Minerve. Agnon amenda le projet, en substituant à l’article second cette disposition : Que le jugement serait confié à quinze cents personnes ; et que l’accusateur qualifierait le délit, à son choix, de soustraction et de corruption, ou de simple injustice.

Aspasie n’échappa à une condamnation que grâce aux larmes que Périclès répandit pour elle, selon Eschine[3], pendant le cours du procès, et grâce aux prières qu’il adressait à tous les juges. Comme il craignait davantage pour Anaxagore, il le fit sortir de la ville, et il l’accompagna lui-même jusque hors des murs. L’affaire de Phidias avait été déjà un échec pour la popularité de Périclès : redoutant donc le jugement dont il était menacé, il souffla le foyer de la guerre, qui était près de s’allumer, mais qui couvait encore, espérant dissiper, par ce

  1. Poëte de l’ancienne comédie.
  2. Magistrats chargés de rendre la justice à un certain moment de l’année, qui était comme les grands jours ou les assises d’Athènes.
  3. C’est le célèbre orateur, rival de Démosthène.