Page:Poe - Contes grotesques trad. Émile Hennequin, 1882.djvu/11

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courant un jour six milles dans le James River, s’y jetant une autre fois en plein hiver et risquant presque de ne plus pouvoir regagner le bord. Il était extrêmement sensible à toute marque d’affection. On l’avait emmené chez la mère d’un de ses camarades, Mme  Hélène Stannard ; elle le reçut gracieusement, lui prit la main, lui dit quelques mots. Il fut tellement saisi de cet accueil amical, qu’il demeura muet et près de tomber évanoui. Depuis cette entrevue, il garda un attachement enthousiaste pour Mme  Stannard, la prit pour sa conseillère et, plus tard, dédia à sa mémoire les premiers beaux vers qu’il fit. Car Mme  Stannard était morte, après être devenue folle, et pendant plusieurs mois, Poe était allé visiter sa tombe de nuit, s’y couchant et demeurant ainsi jusqu’à l’aube.

Poe entrait dans sa seizième année. Il était de beaucoup le meilleur élève de sa classe et, n’ayant que peu d’efforts à faire pour le rester, il donnait une grande partie de son temps à la composition de vers. Il s’était épris à cette époque d’une petite fille, Miss Elmira Royster dont les parents demeuraient vis-à-vis des Allan. Il nous faudra reparler de cet attachement, que rompit alors le départ de Poe pour l’Université de Charlottesville. Il y fut immatriculé du 1er février au 15 décembre 1826. On sait que les Universités américaines sont simplement des établissements secondaires supérieurs. Poe s’était inscrit aux cours de latin, de grec, de français, d’italien, d’espagnol, et remporta des succès en latin et en français.

Ses camarades de cette époque, dont M. Ingram a encore recueilli les souvenirs, le considéraient comme un jeune homme capricieux, exclusif dans ses sympathies, orgueilleux, confiant en soi. Personne ne le connaissait à fond ; il évitait les confidences. On raconte qu’il dessinait fort bien ; il s’était procuré une édition de Byron illustrée, et en