Page:Poe - Contes inédits traduction William L. Hughes, Hetzel.djvu/309

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qui frémit. Avec ton cher nom pour thème, bien que l’ordre me vienne de toi, je ne saurais écrire ; — je ne puis ni parler ni penser ; hélas ! je ne puis sentir, — car ce n’est pas sentir que de me tenir immobile sur le seuil doré de la porte grande ouverte des Rêves, à contempler en extase un site radieux, tressaillant, tandis que je vois à droite, à gauche, tout le long de la perspective, dans une auréole de vapeurs empourprées, au loin où le tableau se termine, — une seule image, la tienne !



LA DORMEUSE


I

À minuit, au mois de juin, je me tiens sous la lune mystique. Une vapeur indistincte, somnifère, un semblant de rosée, s’exhale de ses bords dorés et tombe doucement, goutte à goutte, sur le tranquille sommet des montagnes, puis se glisse, léthargique et mélodieuse, jusqu’au vallon universel. Le romarin se balance sur la tombe, le lis flotte sur la vague ; enveloppant la brume autour de son corps de pierre, la ruine s’affaisse dans le