Page:Poe - Les Poèmes d’Edgar Poe, trad. Mallarmé, 1889.djvu/157

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LE COLISÉE

Type de l’antique Rome ! Riche reliquaire de contemplations hautes au temps léguées par des siècles ensevelis de pompe et de puissance ! Enfin — enfin — après tant de jours de lassant pèlerinage fatigué et de brûlante soif (soif des sources de savoir qui gisent en toi), je m’agenouille, homme humble et changé, dans tes ombres, et bois du fond même de mon âme ton soir, ta grandeur et ta gloire !

Vastitude ! âge ! et mémoire de jadis ! silence ! et désolation ! et nuit sombre ! Je vous sens maintenant — je vous sens dans ma force. — Ô sortilèges plus sûrs que jamais roi de Judée n’en enseigna dans les jardins de Gethsemani ! Ô charmes plus valides que la Chaldée ravie n’en soutira jamais aux tranquilles étoiles.

Ici où tomba un héros, tombe une colonne ! Ici où l’aigle théâtral éclatait d’or, la brune chauve-souris fait sa veille de