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LA COMMISSION DU SÉNAT

répondit qu’il le croyait peu disposé à accepter la charge du pouvoir et que tous deux, d’ailleurs, estimaient que j’étais le mieux placé pour dénouer la crise.

« Monsieur le président, lui dis-je, je ne sais trop ce qui peut me désigner à votre choix. Mais, vis-à-vis de vous, je n’ai pas le droit de me dérober. Je me rappelle qu’il y a six ans, en pleine conférence d’Algésiras, vous m’avez déjà offert la mission de former un cabinet. Je ne me suis pas senti suffisamment qualifié pour l’accepter. Pendant deux jours, avec votre assentiment, M. Léon Bourgeois, M. Sarrien et moi, nous avons recherché entre nous quel était celui des trois que les circonstances semblaient indiquer. En désespoir de cause, M. Sarrien a eu la bonne grâce de se charger de la présidence, qui ne me tentait guère. Je comprends que vous ne souhaitiez pas, aujourd’hui, le recommencement de ces politesses mutuelles et du retard qu’elles peuvent entraîner. Je vous demande simplement la soirée pour voir mes amis. Je reviendrai demain samedi, vers 10 heures du matin, et je vous donnerai une réponse ferme. Je ne vous cache pas que, si vous n’y voyez pas d’objection, je tâcherai de décider M. Léon Bourgeois ou, à son défaut, M. Delcassé à prendre la présidence. Je leur promettrai, à l’un et à l’autre, mon concours. J’espère donc que, de toutes façons, la constitution d’un cabinet sera rapidement achevée. »

J’allai aussitôt chez M. Léon Bourgeois. À cette époque, nous ne nous tutoyions pas encore. Notre intimité s’est resserrée plus tard, à mesure que nous nous sommes mieux connus et que nous nous sommes sentis rapprochés par la commu-