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LA COMMISSION DU SÉNAT

ment français qu’à sa connaissance des aéroplanes étaient fabriqués en France pour l’armée turque. Notre ministère des Affaires étrangères avait riposté en signalant à l’ambassade que le gouvernement italien avait commandé des pièces d’artillerie au Creusot et s’était approvisionné de chameaux et de blé dans la Régence. J’ignorais encore ces derniers détails, lorsque M. Tittoni était venu au quai d’Orsay.

Je ne savais pas davantage qu’au mois de décembre, Rifaat Pacha, ambassadeur de Turquie à Paris, avait demandé au gouvernement français l’autorisation de faire passer par la Tunisie vingt-neuf membres du Croissant rouge, que le consentement avait été donné, que la liste de cette mission hospitalière avait été remise le 5 janvier à la France et que, porteurs de cartes individuelles d’identité, ces Turcs devaient s’embarquer à Marseille pour Sfax sur le vapeur Manouba.

Lorsque M. Tittoni arriva le mercredi à mon cabinet, il me présenta les choses sous un jour très différent. M. Tittoni était un des plus fins diplomates qu’il y eût dans les chancelleries européennes. Il avait été ministre des Affaires étrangères en Italie de 1903 à 1909 et avait été mêlé, pendant ces six années, à des négociations importantes. Il a bien voulu me remettre en 1912, con sensi di stima ed amicizia, le recueil des discours qu’il avait prononcés pendant cette période[1]. Il n’est que de le parcourir pour voir que M. Tittoni était aussi adroit manœuvrier dans les débats parlementaires que dans l’action diplomatique. Il ne

  1. Sei anni di politica estera, dal Senatore Tommasso Tittoni, ministro degli Affari esteri. Roma. Nuova Antologia, 1912.