Page:Poincaré - Au service de la France, neuf années de souvenirs, Tome 5, 1929.djvu/477

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de la Gruerie ; il a disputé au Ve les cotes 263 et 295, la Fille Morte (dont le vrai nom était la Feuille Morte), Bolante et le Haut Jardinet.

Malgré cette pression croissante, la place garde sa physionomie d’avant-guerre. Je déjeune à la sous-préfecture avec quelques députés mobilisés : Albert Lebrun, mon ministre des Colonies de 1912 ; Albert Noël, représentant de Verdun ; Abel Ferry, qui était en juillet sous-secrétaire d’État au Quai d’Orsay ; Margaine, ancien polytechnicien, député de la Marne. Sarrail est également des nôtres. Depuis le 30 août, il a remplacé le général Ruffey à la tête de la 3e armée. Il a laissé pousser sa barbe blanche, mais grand, élancé, la taille dégagée, il a l’air très jeune. Son œil bleu, mobile, qui tantôt vous regarde avec insistance, tantôt se perd dans une contemplation lointaine, trahit un tempérament passionné. Son langage s’affranchit volontiers de toute contrainte disciplinaire. Les éloges y sont plus rares que les critiques. Sarrail trouve très regrettable l’attaque qui a été récemment dirigée par nous sur les casernes de Chauvoncourt et qui a eu des conséquences si meurtrières. Il attribue la triste affaire des Hauts-de-Meuse et la prise de Saint-Mihiel à la défaillance du général qui commandait la 75e division de réserve et qui a été frappé, mais surtout à la faute que le commandement supérieur a commise en déplaçant le VIIIe corps, car il se défend d’avoir lui-même provoqué ce déplacement.

L’après-midi, nous visitons le fort de Douau-mont, le seul des satellites de Verdun qui ait été jusqu’ici blessé par les Allemands. Le bombardement lui a causé, quoi qu’on en ait dit, des dégâts assez sérieux. Mais il reste en mesure de