Page:Poincaré - Comment fut déclarée la guerre de 1914, Flammarion, 1939.djvu/16

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raymond poincaré

impérieux et impératif, apparaît tout Guillaume II, tel que nous l’a dépeint son compatriote, M. Émile Ludwig, en un livre qui n’est pas sans erreurs, ni même sans injustices, mais qui nous permet de mesurer les ravages de l’orgueil dans un cerveau troublé d’autocrate.

Le 5 juillet, pendant que je reçois la visite de remerciements du comte de Szecsen, ont lieu au château de Potsdam de longues et mystérieuses entrevues. Le comte Hoyos vient d’arriver à Berlin porteur du mémoire autrichien et de la lettre de François-Joseph. L’ambassadeur d’Autriche à Berlin, le comte de Szogyéni, reçoit ces pièces des mains du comte Hoyos et se charge de les remettre à Guillaume II. Il demande audience à l’Empereur et il est invité à déjeuner à Potsdam. Le compte rendu de sa démarche, rédigé par lui le soir même, figure dans le Livre rouge autrichien de 1919. L’Empereur, après avoir-pris connaissance de la lettre et du mémoire, déclare que l’Autriche peut compter sur le plein appui de l’Allemagne ; il est d’avis qu’on ne doit pas attendre longtemps pour agir. L’attitude de la Russie, ajoute Guillaume, sera certainement hostile, mais il est depuis longtemps préparé à cette éventualité et l’Autriche peut être assurée que, même si une guerre éclate entre elle et la Russie, l’Allemagne se tiendra fidèlement à ses côtés. La Russie, du reste, n’est pas prête à la guerre.

Le lendemain matin, M. de Bethmann-Hollweg[1], après avoir été mandé par l’Empereur, reçoit, à son tour, l’ambassadeur d’Autriche et il a avec lui un entretien que nous connaissons à la fois par un télégramme du chancelier à M. de Tschirschky et par le rapport de l’ambassadeur d’Autriche à son gouvernement.

M. de Bethmann-Hollweg se déclare prêt à engager une action diplomatique pour faire entrer la Bulgarie dans la Triplice et pour resserrer l’alliance austro-roumaine. Il promet également que l’Allemagne, « conformément aux obligations de l’Alliance et à sa vieille amitié », restera aux côtés de l’Autriche-Hongrie dans une action contre la Serbie.

Le comte de Szogyéni précise que l’appui garanti par le chancelier ne comporte ni réserves ni conditions, et que M. de Bethmann-Hollweg a déclaré : « En ce qui concerne les rapports de l’Autriche avec la Serbie, le gouvernement allemand s’en tient au point de vue que c’est à l’Autriche à juger ce qu’il faut faire pour les régler. Elle peut, à cet effet, quelle que soit sa décision, compter avec certitude que l’Allemagne se trouvera derrière elle comme alliée et comme amie. »

L’ambassadeur d’Autriche à Berlin rapporte enfin que M. de Bethmann-Hollweg a, comme l’Empereur, exprimé l’opinion que l’Autriche

  1. Chancelier de l’Empire allemand.