Page:Pontmartin - Nouvelles semaines littéraires, 1865.djvu/244

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234 CAUSERIES LITTÉRAIRES.

essayent de protester contre ce double symptôme de décadence, ont été justement comparés à ces végétations d’automne dont la pâle verdure semble déjà frissonner sous le soufle de l’hiver, à cette arrière-saison dont les rayons et les sourires trahissent l’approche de la saison morte. On pourrait aussi, à l’aide d’une autre image, comparer encore une fois la société à l’individu, et les générations qui se sont succédé en littérature et en poésie depuis le commencement de ce siècle aux divers âges de l’homme.

La foi, l’enthousiasme, la rêverie, l'amour, l’espérance, sont les divins attributs delà jeunesse : elle ne cherche pas à se rendre compte de ses émotions et de ses croyances ; elle se trompe avec un radieux mélange de sincérité et d’ardeur, et elle possède le don précieux de faire de ses mensonges quelque chose de meilleur et de plus vrai que nos vérités. Cette richesse juvénile est déjà la poésie : qu’au lieu d’être individuelle, elle appartienne à une génération tout entière ; qu’après avoir préludé dans toutes ces imaginations éparses, elle rencontre une imagination d’élite, un talent prédestiné, qui lui donne la forme, le contour, l’accent, la vie, qui lui imprime puissamment sa propre originalité tout en acceptant ses vivifiantes influences, et voilà la poésie complète, la poésie telle qu’elle doit être pour posséder tout son prestige et exercer tout son empire. D’ordinaire cet épanouissement, nous dirions presque cette explosion, se combine avec un moment favorable où tout l’accroît et l’active, où l’instrument est le mieux d’accord avec l’oreille, où ses vibrations sonores s’étendent librement dans l’espace, où le public est admirablement disposé