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LE « MEMBRE »

avec de la bonne volonté j’avoue que l’on peut arriver, sinon à tout, du moins à beaucoup de choses. Il faut du « pushing » voyez-vous, au reste, c’est comme aux États-Unis. Le malheur est, qu’ici cependant tout doit passer par la politique, tout est soumis à sa puissance. N’importe, nous habitons, comme vous dites, un merveilleux pays où la fortune et l’aisance équitablement réparties ignorent les accaparements des États-Unis et les effroyables misères de la Chine ; où l’argent, qui possède une valeur incalculable et à peu près invariable, comme dans les autres pays, du reste, est connu comme métal froid qui brûle tout de même les poches et les doigts de ceux qui en possèdent ; où l’art étant relayé au trente-sixième rang, on n’a pas la peine de s’en occuper ; où la presse sert surtout à consommer l’énorme quantité de pulpe qui s’y fabrique ; où la société se montre juste assez spirituelle pour prouver qu’elle ne l’est pas du tout ; où le climat, très salubre, est réfractaire à la fièvre jaune, à la dysenterie d’extrême-Orient et au choléra des Indes ; où les idées, très douces, s’enthousiasment surtout pour les bazars, les illuminations et en général toutes les pétarades ; où les gouvernements, qui sont établis par le peuple et pour le peuple, n’existent pas seulement pour consommer les taxes ; où la victoire d’un parti comble toujours l’autre de joie ; où la population, ennemie de la routine et du préjugé, est indifférente à toutes les choses du dehors ; où l’on ne voit jamais la badauderie jobarde indulgente aux théories des chefs ; où l’on rencontre rarement de gens trop favorisés en tout ; où l’on ne fait jamais naître,