Page:Potvin - Le tour du Saguenay, historique, légendaire et descriptif, 1920.djvu/76

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le tour du saguenay

hommes du Poste refusèrent de s’embarquer dans un canot et d’entreprendre le voyage.

« Cependant le premier commis, s’adressant à ceux qu’il connaissait être de meilleure volonté que les autres, dit : “ Le Père ne vous a jamais trompés, comme vous savez ; vous devez avoir confiance dans sa parole. Est-ce qu’il n’y aurait pas quelqu’un parmi vous qui voudra obéir à sa dernière volonté ? ”

« Ces paroles eurent leur effet. Trois hommes se décidèrent à partir et mirent un canot à l’eau. Et voilà qu’à la grande surprise de tous, le calme se fit autour d’eux et qu’à mesure que le canot longeait la terre, la mer s’aplanissait pour leur livrer un facile passage. Et ce qui ne les étonnait pas moins, c’est que le trajet se faisait avec une rapidité incroyable, si bien que sur les onze heures du matin, ils approchaient déjà de Vile et purent voir M. Compain qui se promenait sur le rivage, un livre à la main. Dès qu’ils furent à portée de la voix, M. Compain leur cria : “Le Père de la Brosse est mort ! Qu'avez-vous donc fait ? Voilà une heure que je vous attends.” Dès que le canot eût accosté à terre, M. Compain s’embarqua et on descendit le fleuve jusqu’à Tadoussac. »

Voilà la légende telle qu’une ancêtre l’a transmise à ses descendants.

Mais qui avait appris à l’abbé Compain la mort du Père de la Brosse ? Voici ce que répond la tradition : ce minuit du 11 avril 1782, la petite cloche de l’Île-aux-Coudres, donnée par les Pères Jésuites, en 1748, sonna trois coups très distincts, comme celle de Tadoussac. Le Père de la Brosse avait desservi l’Île-aux-Coudres pendant un an, de 1766 à 1767, et il avait fait la même