Page:Pradez - Les Ignorés.djvu/211

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L’HÉRITAGE DE Mlle ANNA




Assise à côté du lit dans la robe grise unie qu’elle n’avait pas quittée depuis la catastrophe, Mlle Anna regardait poindre le jour à travers les lames des volets. Le malheur était arrivé le mardi, on était au vendredi. Était-il possible qu’un laps de temps si court la séparât de ce qui était avant, de la vie bonne, douce, heureuse qu’elle avait vécue pendant vingt années à côté de ce vieillard qui gisait à présent insensible, à la fois si près d’elle et si loin ? On avait tout tenté pour le sortir de cette tenace inconscience et maintenant il n’y avait plus rien à faire qu’à attendre passivement l’avenir.

Mlle Anna se leva, souffla la lampe devenue inutile et alla entr’ouvrir une fenêtre. Deux fois déjà l’air frais du matin avait quelque peu ranimé le moribond. Il avait ouvert les yeux et les avait un moment attachés sur la raie lumineuse filtrée par l’entrebâillement