Page:Pradez - Les Ignorés.djvu/241

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LA LETTRE JAUNE




Tout en manipulant d’une petite main leste et légère le poupon rose et joufflu étendu à plat sur ses genoux, Violette guettait de l’œil l’allée du jardinet qui conduisait de la route à la maison. Tous les matins le facteur matinal qui apportait le courrier de l’étranger passait à cette heure-là, et, depuis plus d’un mois, Violette attendait toujours de l’avoir vu disparaître au tournant du chemin pour achever la toilette du petit et s’occuper des soins de la maison.

Ce jour-là, cependant, au lieu de passer tout droit comme à l’ordinaire, l’employé franchit la petite grille basse et vermoulue, fouilla son sac et en tira une grande enveloppe jaune à l’aspect important. Une main impatiente, tendue par la fenêtre, reçut le pli. Violette mit son nom, d’une écriture nerveuse, à la place indiquée sur le livret du facteur, et, déposant le marmot dans une corbeille d’osier capitonnée de bleu,