Page:Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 7.djvu/7

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cer le regard Saint-Martin afin de faciliter une insignifiante opération de voirie.

Ce dernier fait, soumis à la Commission de permanence, a semblé assez important pour qu’une délégation fût désignée afin de se rendre d’urgence sur place et de constater l’état de tout ce qui reste encore de l’aqueduc de Belleville et de ses dépendances.

La visite a eu lieu le mercredi 5 courant sous la conduite de M. Dariès, conducteur du service, qui a mis une obligeance parfaite à guider la délégation et qui a fourni tous les détails techniques nécessaires.

M. l’Ingénieur en chef Humblot a droit aux remerciements de la Commission pour l’empressement qu’il a mis à faciliter la visite de cette curieuse partie de son service. Il y a lieu de faire précéder les constatations sur place d’un exposé destiné à rendre plus commode la lecture du plan annexé à ce rapport.

La butte de Belleville est, à sa surface, formée géologiquement d’une façon homogène et à peu près uniforme. Le sol immédiat est sablonneux et recouvre à peu de profondeur une masse de marnes vertes imperméables ; cette disposition fait que les eaux répandues à la surface sont rapidement parvenues, après infiltration, à la couche de marne sur laquelle elles glissent et forment une nappe dont l’importance varie suivant l’humidité de l’atmosphère et l’abondance des pluies.

Les deux revers de la butte ont été drainés par des pierrées destinées à recevoir et à diriger ces eaux d’infiltration aussitôt leur arrivée sur la marne. Le revers qui regarde la ville constitue le système des eaux de Belle-ville et de Savies. L’autre revers porte le système des eaux du Pré-Saint-Gervais. Ces dernières, qui n’ont pas été aussi profondément contrariées que celles de Belleville, sont moins dures et sont encore propres à divers usages domestiques ; il en sera question plus loin.

Les eaux de Belleville se divisaient en trois groupes, autrefois isolés l’un de l’autre :

L’eau de la Ville ;

L’eau de l’hôpital Saint-Louis ;

L’eau de Savies ou du prieuré de Saint-Martin.

L’eau de la Ville et celle de Savies paraissent avoir été réunies en 1733 ; en 1740, le prieuré de Saint-Martin abandonne ce qui lui reste, c’est-à-dire le regard et le château d’eau de sa fontaine du Vert-Bois moyennant une concession d’eau de rivière.

En 1737, lors de la construction en pierre de l’égout de Turgot, la presque totalité de ces eaux se déversait dans le réservoir du Calvaire et servait au nettoyage de l’égout.

Mais, lorsqu’en 1773, le Conseil général des hospices eut à pourvoir à l’hospitalisation des malades que l’Hôtel-Dieu ne pouvait plus recevoir, après le grand incendie du 30 décembre 1772, et que l’hôpital Saint-Louis, autrefois hôpital temporaire réservé aux épidémies de peste, eût été désigné préférablement à la maison de Sainte-Anne pour devenir hôpital définitif, toutes les eaux venant de Belleville furent réunies dans le regard de la Roulette, rue Saint-Maur, et dirigées sur l’hôpital Saint-Louis où l’on construisit pour les recevoir le réservoir actuel, maintenant alimenté d’eau d’Ourcq.

Aujourd’hui, toute l’eau de Belleville va à l’égout le plus proche de chaque regard. La quantité n’en est pas grande ; elle est évaluée à 40 mètres cubes par jour en moyenne.

Le régime complet de ces anciennes eaux est connu. Jusque dans ces dernières années il était intact. Mais l’établissement du chemin de fer de Ceinture qui passe en tunnel au milieu des pierrées, le percement de la rue des Pyrénées qui a entraîné la disparition de la presque totalité du système de captage des eaux de Savies, enfin la construction de nombreuses maisons dont les fondations ont asséché les pierrées, sont autant de causes qui en ont fait détruire ou abandonner plusieurs portions.

Il faut aussi constater, avec regret, que certains ouvrages, regards et aqueducs même, ont été cédés à des particuliers. Or l’on a fait remarquer à ce sujet qu’il arrivait fréquemment que des servitudes cédées devaient, pour des causes multiples, être rachetées plus tard par la Ville elle-même dans des conditions financières défavorables. Aussi, la Commission a-t-elle pensé qu’il serait bon pour l’avenir de renoncer aux cessions de servitudes.