Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 2, 1858.djvu/66

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 66 —

de ces souvenirs, ils les rappellent avec orgueil. Bien des prêtres n’ont pas fait d’autre séminaire que celui de la Fage ; il en est sorti des prélats, d’illustres magistrats, des hommes distingués dans toutes les carrières, qui ont honoré, qui honorent encore leur profession.

Ces élèves ne pouvant tous être logés dans un local si exigu, étaient placés dans les fermes et les hameaux voisins. Les plus aisés y étaient reçus comme pensionnaires ; d’autres moins privilégiés de la fortune, s’associaient pour l’achat des denrées de première nécessité qu’ils mettaient en commun : véritable réunion fraternelle où régnait la plus grande cordialité unie à une simplicité, digne des premiers âges. Ces élèves disséminés sur tous les points de la contrée, dans un rayon de quelques kilomètres autour de l’établissement, se rendaient, deux fois par jour, à la Fage où se faisait la classe, sous la conduite d’un élève, qui avait mérité par son exactitude et son ardeur au travail, cette marque de confiance de la part de leur maître commun. C’était toujours un ecclésiastique, car le plan d’études de la Fage embrassait, outre les classes de latin et de belles-lettres, un cours complet de philosophie et de théologie. De cette diversité d’études résultait une harmonie parfaite. Admis le plus souvent à titre gratuit, l’étudiant en philosophie ou en théologie était en même temps professeur d’une classe de latin, et rendait ainsi à l’établissement l’équivalent des soins qu’il en avait reçus, et dont il continuait d’être l’objet. L’abbé Paulhé avait ainsi réalisé la plus heureuse application du mode mutuel, qui, comme tant d’autres inventions, a eu besoin de passer deux fois la Manche, pour obtenir parmi nous la vogue dont il a été l’objet. On sait que longtemps avant que ce système nous fût apporté d’Angleterre, sous le nom de méthode de Lancaster, Mme de Maintenon l’avait introduit à St-Cyr ; et plus tard Louis XVI en avait encouragé l’application dans un établissement dirigé en 1780, par le chevalier Paulet, au fort de Vincennes.