Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/106

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membraneuse des animaux. Les murs et les toits de sa maison, l’escalier qui la parcourt, les roues de son char, le treillage qui clôt son champ, le tonneau où il met sa boisson, le panier où il dépose ses aliments, la chaîne de son puits, la vis de son pressoir, les dents de sa herse et de sa scie, les tuyaux de sa flûte et les cordes de sa lyre, témoignent de son génie symétrique, faiseur de divisions et d’assemblages.

165. Mais c’est surtout dans le langage, création spontanée de son instinct, que l’homme a le mieux suivi la loi des groupes et des divisions, à tel point que le langage n’est qu’un reflet des séries de la nature.

D’abord, emporté par son imagination et ses sens, l’homme n’aperçoit que l’être, la substance indivise et infinie. Son premier langage est, comme cette conception indifférenciée, formé de monosyllabes fixes et invariables. Mais bientôt il découvre dans cet infini substantiel des mouvements, des forces, des collections, des groupes, des séries, des rapports ; aussitôt ses vocables s’animent, se meuvent, se fléchissent, se différencient : substantif et qualificatif, verbe et adverbe, article et préposition ; puis nombre, genre, dualité, déclinaison, temps et modes, inflexions locatives, minoratives, augmentatives, etc., il y a expression pour tout.

Sensible, enfin, aux harmonies de la nature, l’homme voit partout le nombre, la cadence, l’alternance et la période : et il rhythme son langage, mesure sa phrase, cherche les consonnances, déroule sa pensée en pieds, en vers et en strophes ; puis, mariant la parole au chant, au jeu des instruments, aux évolutions de la danse, il conçoit le drame et l’épopée. Les anciens philosophes nommaient Dieu l’éternel géomètre, ils pouvaient aussi bien l’appeler l’éternel musicien.

166. Pénétrez dans la constitution intime de cette parole merveilleuse, si merveilleuse que l’homme l’a d’abord personnifiée sous les noms de Minerve et de Muse ; puis, devenu philosophe, l’a faite égale à Dieu même, incarné dans notre nature sous le nom de Logos ou de Verbe : qu’y trouvez-vous ? une série d’éléments simples :


a, ê, é, i, eu o, ou, u,
an, en, in, on oun, un ;
b, p, f, v, m ;
d, t, n ;
g, k, l, r ;
s, z
j, ch.