Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/159

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donner à l’absolu l’inconstance pour forme, et prendre le particulier pour règle du général.


§ V. — Dialectique sérielle. — Opérations, systèmes, sophismes.


257. Ramener à un point de vue unique des idées tout à fait disparates quant à la matière, la cause, le principe ou la forme ; en former une série simple, à termes égaux ou identiques : voilà en quoi consiste l’œuvre du raisonnement.

Nous appellerons la série ainsi créée, par la réflexion, de la comparaison de termes sous tout autre rapport inassociables, série dialectique ; et la théorie spéciale qui enseigne à s’en servir, dialectique sérielle.

258. Dans la série dialectique, le point de vue et la raison ne diffèrent pas : avantage qui rend le mécanisme et la construction de cette série extrêmement simples. De toutes les séries que présente l’étude des sciences, la série algébrique (l’équation) est la seule qui approche de celle-ci pour l’universalité d’application et la simplicité de forme : en sorte que la série dialectique étant, pour le degré d’abstraction, supérieure aux mathématiques, on peut dire qu’elle forme avec elles le quatrième terme de cette progression :


Géométrie, Arithmétique, Algèbre, Dialectique.


259. Dans les livres de philosophie, de politique, d’économie, de métaphysique, de morale, de jurisprudence et d’histoire ; dans les tribunaux, les comptoirs, les marchés, les écoles, les débats des chambres et les conversations des salons, la série dialectique est d’un perpétuel usage ; c’est elle qui domine de son influence intime et secrète les démonstrations des savants ; qui conduit, à leur insu, l’homme de cabinet dans ses méditations, et le vulgaire dans ses préjugés ; elle enfin, qui forme ou brise les convictions. La série dialectique est la reine de la pensée, le type unique et générateur de toute idée, la condition absolue du vrai, le critérium de l’évidence. Tous les travaux des penseurs ont eu pour objet de la découvrir ; tout ce qu’ils ont dit de vrai leur est venu d’elle, toutes leurs erreurs tiennent à ce qu’ils l’ont méconnue. Aujourdhui encore, où tant de gens argumentent, où tout le monde juge, où personne ne s’entend, c’est la loi sérielle qui, au milieu de tant d’opinions contradictoires, formule ces arrêts de bon sens public qui seuls soutiennent la société, rallient les es-