Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/390

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nisation du travail et le principe du bonheur commun, ces hommes obéissaient à l’instigation de la Providence (497), et devançaient, dans l’impétuosité de leur génie, les temps marqués par elle.

Ce qui fut pour eux comme une religion pleine de mystères, pour nous devenu vérité limpide et théorie démontrée, la coordination des fonctions succédant à la hiérarchie des fonctionnaires, en un mot la démocratie organisée, grâce à eux surtout, est à la veille de recevoir son éclatante réalisation.

Pour arriver à ce but, que reste-t-il à faire ? peu de chose : revoir, l’une après l’autre, toutes nos divisions et classifications politiques ; appliquer à chaque fonction les règles données par la science ; séparer, réunir, niveler, centraliser et circonscrire ; constituer enfin la grande série sociale sur son quadruple pivot, d’après les indices de la tradition et les lois absolues de la métaphysique.

572. Aux exemples que nous avons donnés de cette méthode nous ajouterons, avant de finir, quelques observations sur l’état actuel des pouvoirs.

Rien de plus vulgaire que la délimitation, devenue presque officielle, des pouvoirs, en pouvoir constituant, pouvoir législatif et pouvoir exécutif. Cette délimitation, qui témoigne d’un sentiment profond de la série, est purement nominale et n’a rien de réel.

Et d’abord, qu’est-ce que le pouvoir constituant, par opposition au pouvoir législatif ?

Sous l’empire des idées du dix-huitième siècle, l’homme était censé ne faire partie de la société que par suite du consentement exprimé ou tacite : la loi politique était une convention libre, dont le peuple était maître de modifier et de refaire les dispositions. En dehors de cette convention ou de ce pacte, il y avait la loi naturelle, base des lois civiles : loi qui, puisée dans la conscience, disait-on (126), puis développée par le législateur, réglait les rapports privés des citoyens. Le peuple souverain devait intervenir dans la confection des lois civiles comme des lois politiques : mais tandis qu’il s’exprimait sur les premières par l’organe de ses mandataires, il se prononçait directement sur les secondes, qui toujours devaient être soumises à son acceptation. C’est d’après cette théorie que la constitution de l’an v fut soumise aux assemblées primaires ; que Bonaparte se fit élire par le peuple, et que tout récemment M. Ledru-Rollin, parlant sur la loi de régence, soutenait que les députés n’avaient pas mandat pour voter cette loi.

Mais d’après la science nouvelle, l’homme, qu’il le veuille ou ne le veuille pas, fait partie intégrante de la société, qui, antérieurement à toute convention, existe par le fait de la division du travail