Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/64

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principe précéder la conséquence, la puissance être capable de l’effort, etc.

Dans la construction du syllogisme, la proposition générale peut occuper indifféremment la première ou la deuxième place : en effet, c’est de la combinaison des prémisses, de la cause mise en action, que doit jaillir, comme l’éclair jaillit d’une batterie électrique, la conséquence.

Je laisse de côté les détails gymnastiques et stratégiques des auteurs, sur l’art d’employer le syllogisme, soit pour l’attaque, soit pour la défense. Les curieux peuvent consulter la logique de Port-Royal, ou celle de Bossuet, ou celle de Kant, et lire les aventures merveilleuses des argumentateurs célèbres, Protagoras, Gorgias, Dicéarque, Abailard, Guillaume de Champeaux, et autres, qui furent les preux du syllogisme. Contentons-nous d’analyser cette méthode, et montrons que, lors même qu’elle rencontre juste, ses conclusions sont toujours illégitimes.


SYLLOGISME
Majeure. ............................... Tout homme est mortel
Mineure. ............................... Or Pierre est mortel
Conclusion. ............................... Donc Pierre est mortel.


Certes, il serait difficile de citer un meilleur syllogisme. La conclusion est sûre, et il n’entre pas dans mon esprit de la contester : je dis seulement que cette démonstration d’une vérité certaine ne vaut absolument rien.

Le vice radical de tout syllogisme est que la majeure est une hypothèse qui, loin de donner la certitude à la conséquence, la reçoit d’elle au contraire. En effet, Tout homme, dit-on, est mortel. Je ne remarquerai point que, dans l’état actuel des sciences, cette proposition ne saurait être démontrée à priori ; je ne demanderai pas si la mortalité de l’homme est un résultat nécessaire de l’organisation, et comment, pourquoi ?… D’après une tradition respectable, l’homme aurait été créé incorruptible : d’où vient qu’il ne l’est plus ? pourquoi l’équilibre entre la nutrition et l’excrétion, l’absorption et l’exhalation n’est-il pas tel qu’une jeunesse perpétuelle en soit le résultat ? pourquoi faut-il que l’homme vieillisse enfin ? Les philosophes spiritualistes et les théosophes nous promettent, après la mort, une vie nouvelle et impérissable : pourquoi cette vie ne commence-t-elle pas dès maintenant ? pourquoi une transition ?… Et, si cette espérance est fondée, qui nous dit qu’un jour, par le perfectionnement de l’espèce, la vie présente n’ac-