Page:Proudhon - Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle.djvu/185

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s’élève, à l’aide de ce point d’appui, dans une sphère plus haute, et change tout à coup le sol révolutionnaire.

C’est à ce point de vue que, résumant toutes mes observations, tant sur la Constitution de 93 que sur la glose qu’y a ajoutée récemment M. Ledru-Rollin, en une proposition unique, je tâcherai de faire ressortir, par une dernière preuve, l’incompatibilité absolue du Pouvoir avec la Liberté.

M. Ledru-Rollin a parfaitement senti qu’avec l’énorme restriction imposée à la prérogative populaire par le droit dévolu au Gouvernement de poser les questions que le Peuple seul doit résoudre, la législation directe n’était plus qu’une puérile et immorale mystification. Rentrant alors dans la Constitution de 93, il s’est dit, d’accord en cela avec la raison des siècles : Le Peuple ne doit statuer que sur les questions les plus générales ; les choses de détail doivent être laissées aux ministres et à l’Assemblée.

…...« La distinction, dit-il, a été justement posée entre les Lois et les Décrets : quoi qu’on en dise, la ligne de démarcation est facile à garder. »

Sans doute, quant à la pratique, et lorsqu’il s’agit des points fondamentaux du droit public, qu’on est toujours maître de déterminer : c’est ainsi que l’ont entendu les auteurs de la Constitution de 93. Mais en théorie, où l’on veut des distinctions précises, il n’en va plus de même : la Constitution de 93 semble consacrer une usurpation. « Car, ainsi que le fait observer Louis Blanc, dès que vos 37,000 communes votent la loi, de quel droit leur enlèveriez-vous le soin de décider par elles-mêmes de ce qui est une loi ? De quel droit leur imposeriez-vous des décrets qu’elles ne voudraient pas reconnaître pour tels, et qui pour-