Page:Proudhon - La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre.djvu/50

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 44 —

quement de les saisir dans leur absolu, Mais bientôt l’analyse s’emparant de ces produits purs de l’entendement, en démontre le vide, et ne laisse subsister à leur place que la faculté qui les a fait rejeter toutes, la critique.

Ainsi, lorsque Bacon, Ramus, et tous les libres penseurs eurent renversé l’autorité d’Aristote, et introduit, avec le principe d’observation, la démocratie dans l’école, quelle fut la conséquence de ce fait ?

La création d’une autre philosophie ?

Plusieurs le crurent, quelques-uns le croient encore. Descartes, Leibnitz, Spinosa, Malebranche, Wolf, aidés des nouvelles lumières, se mirent, sur cette table rase, à reconstruire des systèmes. Ces grands esprits, qui tous se réclamaient de Bacon, et souriaient du Péripatétique, ne comprenaient pas cependant que le principe, ou pour mieux dire la pratique de Bacon, l’observation, directe et immédiate, appartenant à tout le monde, le champ où elle s’exerce étant infini, les aspects des choses innombrables, il n’y avait pas plus de place dans la philosophie pour un système que pour une autorité. Là où les faits seuls font autorité, il n’y a plus d’autorité ; là où la classification des phénomènes est toute la science, le nombre des phénomènes étant infini, il n’y a plus qu’un enchaînement de faits et de lois, de plus en plus compliqué et généralisé, jamais de philosophie ni première ni dernière. Au lieu donc d’une constitution de la nature et de la société, la nouvelle réforme ne laissait à chercher que le perfectionnement de la critique, dont elle était l’expression, c’est-à-dire avec le contrôle im-