Page:Proudhon - Qu’est-ce que la propriété.djvu/25

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pourquoi se serait-elle trompée ? Comment son erreur, étant universelle, ne serait-elle pas invincible ?

Ces questions, de la solution desquelles je faisais dépendre la certitude de mes observations, ne résistèrent pas longtemps à l’analyse. On verra au chapitre V de ce mémoire, qu’en morale, de même qu’en tout autre objet de la connaissance, les plus graves erreurs sont pour nous les degrés de la science, que jusque dans les œuvres de justice, se tromper est un privilége qui ennoblit l’homme ; et quant au mérite philosophique qui peut me revenir, que ce mérite est un infiniment petit. Ce n’est rien de nommer les choses ; le merveilleux serait de les connaître avant leur apparition. En exprimant une idée parvenue à son terme, une idée qui possède toutes les intelligences, qui demain sera proclamée par un autre si je ne l’annonce aujourd’hui, je n’ai pour moi que la priorité de la formule. Donne-t-on des éloges à celui qui le premier voit poindre le jour ?

Oui, tous les hommes croient et répètent que l’égalité des conditions est identique à l’égalité des droits ; que propriété et vol sont termes synonymes ; que toute prééminence sociale, accordée ou pour mieux dire usurpée sous prétexte de supériorité de talent et de service, est iniquité et brigandage : tous les hommes, dis-je, attestent ces vérités sur leur âme ; il ne s’agit que de le leur faire apercevoir.

Avant d’entrer en matière, il est nécessaire que je dise un mot de la route que je vais suivre. Quand Pascal abordait un problème de géométrie, il se créait une méthode de solution ; pour résoudre un problème de philosophie, il faut aussi une méthode. Eh ! combien les problèmes que la philosophie agite ne l’emportent-ils pas, par la gravité de leurs conséquences, sur ceux de la géométrie ! Combien, par conséquent, pour être résolus, n’appellent-ils pas plus impérieusement une analyse profonde et sévère ?

C’est un fait désormais placé hors de doute, disent les modernes psychologues, que toute perception reçue dans l’esprit s’y détermine d’après certaines lois générales de ce même esprit ; s’y moule, pour ainsi dire, sur certains types préexistants dans notre entendement et qui en sont comme