Page:Proust - Albertine disparue.djvu/265

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l’appel du devoir un conscrit répondra toujours : présent. Mais qui sait (et M. de Norpois avait l’air de très bien savoir de qui il parlait) s’il n’en serait pas de même le jour où l’on irait chercher quelque vétéran plein de savoir et d’adresse ? À mon sens, chacun peut avoir sa manière de voir, le poste de Constantinople ne devrait être accepté qu’après un règlement de nos difficultés pendantes avec l’Allemagne. Nous ne devons rien à personne, et il est inadmissible que tous les six mois on vienne nous réclamer, par des manœuvres dolosives et à notre corps défendant, je ne sais quel quitus, toujours mis en avant par une presse de sportulaires. Il faut que cela finisse, et naturellement un homme de haute valeur et qui a fait ses preuves, un homme qui aurait, si je puis dire, l’oreille de l’empereur, jouirait de plus d’autorité que quiconque pour mettre le point final au conflit. »

Un monsieur qui finissait de dîner salua M. de Norpois.

— Ah ! mais c’est le prince Foggi, dit le marquis.

— Ah ! je ne sais pas au juste qui vous voulez dire, soupira Mme de Villeparisis.

— Mais parfaitement si. C’est le prince Odon. C’est le propre beau-frère de votre cousine Doudeauville. Vous vous rappelez bien que j’ai chassé avec lui à Bonnétable ?

— Ah ! Odon, c’est celui qui faisait de la peinture ?

— Mais pas du tout, c’est celui qui a épousé la sœur du grand-duc N…

M. de Norpois disait tout cela sur le ton assez désagréable d’un professeur mécontent de son élève et, de ses yeux bleus, regardait fixement Mme de Villeparisis.

Quand le prince eut fini son café et quitta sa table, M. de Norpois se leva, marcha avec empressement vers lui et, d’un geste majestueux, il s’écarta, et, s’effaçant lui-même, le présenta à Mme de Villeparisis. Et pendant les quelques minutes que le prince demeura