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RÉCITS DU LABRADOR

ble, au milieu de laquelle se distinguait un horse mackerel de grande dimension et qui attirait tous les regards. Mon brave pêcheur, insoucieux des amphibologies de la langue française, s’était peu préoccupé des incertitudes de son auditoire et avait confondu, sans penser à mal, le possédant avec le possédé.

Après tout, un singe athénien — qui était peut-être un demi-dieu — a bien pris le Pirée pour un homme et l’on peut, sans être trop indulgent, pardonner à un pêcheur de la côte d’avoir substitué un moment le thymnus vulgaris de Cuvier à l’homo vulgaris de M. de Quatrefages.

Le thon, lui aussi, abondait autrefois dans nos parages. Son apparition coïncidait avec celle du maquereau, il a disparu comme lui. Nous ne le voyons plus.

Il a imité le morse, le loup-marin, la baleine, la morue, le flétan. Il a fui des eaux inhospitalières, où il était pourchassé sans merci, sans trêve et sans profit, car les pêcheurs américains qui le capturaient dans leurs trap-net le jetaient au plain ou le donnaient à qui le voulait prendre.

La baleine revient, la morue est revenue et bientôt je l’espère, tous les chers disparus reparaîtront à leur tour. Nous pourrons, comme aux jours heureux d’antan, donner de nouveau à notre Labrador cana-