Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/115

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avant tout, le moyen de les scruter, l’autre veut qu’avant tout, on soigne les moyens de leur faire produire leur effet. C’est que l’un ne jouit qu’en jugeant, et l’autre ne juge qu’en jouissant. Mais les Arts, les artistes et leurs ouvrages, comme on l’a déjà dit, sont faits pour le public ; c’est donc lui qu’il faut consulter dans le choix des manières de produire, de mettre en œuvre et en scène les ouvrages de l’Art.

En vain dira-t-on que les beaux ouvrages n’ont besoin, pour plaire, que de leur propre mérite ; je répondrai oui pour les savans, non, pour le reste des hommes. Je répondrai encore oui pour les chefs-d’œuvre, non, pour le grand nombre des ouvrages. Je répondrai enfin que les chefs-d’œuvre ne plaisent ainsi, que parce qu’il est entré dans leur exécution une grande dose de cette vertu morale qui s’adresse au sentiment ; mais qu’ils plairaient davantage, si cette vertu se trouvait dans un accord réel et positif avec l’effet des causes extérieures et accessoires.

Telle est sans doute la vertu du Stabat Mater de Pergolèse. Personne ne conteste que, dans un concert, et au théâtre même, où l’on a l’inconvenance de la chanter, cette sublime composition ne puisse encore conquérir l’imagination de quelques audi-