Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/23

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On n’entend pas au reste, par ces derniers mots, que les sujets de l’imitation ne doivent présenter que des moralités. Ce serait beaucoup moins étendre que restreindre sur cet objet l’idée de moral en fait d’Art. Pour être utile de la manière dont il s’agit, on n’exigera pas du tableau qu’il représente toujours un trait d’héroïsme ou de vertu ; du poème qu’il cache sous ses allégories, des préceptes utiles à la conduite de la vie ; que les traits de la statue soient ceux d’un homme vertueux, que sa composition rappelle une belle action ou un trait de bienfaisance. Le moral, dont cette théorie veut donner l’idée, ne signifie que l’opposé du matériel on du sensuel. Ainsi l’Art et l’ouvrage sont utiles, d’une utilité morale quand l’imitation, au lieu de viser uniquement au plaisir des sens, a pour effet spécial d’agrandir la pensée, de réveiller eu nous de nobles affections ; quand elle est telle, que la vue des objets imités nous donne des idées nouvelles, étend celles que nous avions déjà des beautés de la nature. L’imitation morale est celle qui nous procure des jouissances morales, ou autrement de ces jouissances qui appartiennent à l’esprit.

C’est dans ce sens qu’il est vrai de dire que l’imitation la plus idéale sera la plus morale.

On avouera que le choix du sujet de l’ouvrage,