Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/30

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qu’elles ne passent plus que pour des objets de luxe, elles ne peuvent pas rivaliser long-temps avec toutes les autres sortes d’inventions de l’esprit de frivolité. À quelque degré de variété que le génie de l’imitation porte ses combinaisons, elles seront toujours infiniment bornées, auprès de celles des Arts frivoles, qui n’imitent rien, et celles-ci seront toujours bien moins dispendieuses. La seule différence de valeur pécuniaire est au désavantage des produits de l’imitation ; j’ajoute que plus leur mérite moral s’affaiblit, plus leur débit commercial doit diminuer. On conçoit qu’un homme paye d’une partie de sa fortune l’ouvrage du génie ; il y trouve des jouissances infinies. Après des années de possession, l’esprit n’a pas encore épuisé toutes les manières de l’admirer. Mais quelle dépense plus perdue, que celle d’ouvrages dans lesquels l’œil trouve à peine à se satisfaire ! L’œil est, de tous nos sens, celui qui se lasse le plus promptement : il dédaigne bientôt des objets qui, à défaut de ne pas plaire, ajoutent celui de ne pouvoir être ni changés ni remplacés facilement. On se dégoûte de ces futilités dispendieuses, et les artistes restent sans travaux.

Alors prend naissance la méthode d’encouragement, qui achève de détruire les talens qu’elle prétend soutenir. Comme si les arts d’imitation