Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/41

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qu’à faire triompher le talent ! Le génie, comme l’amour, veut quelques obstacles ; l’un et l’autre s’accroissent par les contrariétés. Trop d’aisance aussi nuit à leur essor ; et c’est mal servir leurs intérêts, que de les affranchir de tout lien.

Est-ce donc enchaîner l’athlète, que de lui montrer un but, quand on lui ouvre une carrière ? Pour être déterminée, la course en est-elle moins libre ? Le musicien se croit-il gêné dans ses compositions, parce qu’on exige de lui qu’il les mette en accord avec le sujet donné, soit d’une fête, soit d’une cérémonie religieuse, soit de telle ou telle autre action dramatique ? Au contraire, l’inspiration lui vient précisément même de cette sujétion. Ces rapports nécessaires, qui s’établissent dans son imagination, outre la convenance de ses chants et celle du sujet auquel ils sont destinés, semblent le contraindre, et ne font que le seconder. Qu’on imagine une composition musicale libre de toutes les entraves des causes extérieures, locales ou accessoires, je crains bien qu’affranchie de toute gêne, elle n’affranchisse aussi de tout caractère. Ou je me trompe fort, ou elle ressemblera beaucoup à ces tableaux faits on ne sait pourquoi, pour être placés on ne sait où.

Tout ce qui fut ainsi produit porte avec soi une