Page:Quesnay - Tableau économiques, 1759.djvu/3

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5°. Que les propriétaires & ceux qui exercent les professions lucratives, ne soient pas portés par quelqu’inquiétude, qui ne seroit pas prévue par le Gouvernement, à se livrer à des épargnes stériles qui retrancheroient de la circulation & de la distribution une portion de leur revenu, ou de leurs gains.

6°. Que l’administration des finances, soit dans la perception des impôts, soit dans les dépenses du Gouvernement, n’occasionnent point de fortunes pécuniaires, qui dérobent une partie des revenus à la circulation, à la distribution & à la reproduction.

7°. Que l’impôt ne soit pas destructif ou disproportionné à la masse du revenu de la Nation, que son augmentation suive l’augmentation du revenu de la Nation, qu’il soit établi immédiatement sur le revenu des propriétaires, & non sur les denrées où il multiplieroit les frais de perception, & préjudicieroit au commerce ; qu’il ne se prenne pas non plus sur les avances des fermiers des biens-fonds dont les richesses doivent être conservées précieusement pour les dépenses de la culture, & éviter les pertes des revenus.

8°. Que les avances des fermiers soient suffisantes pour que les dépenses de la culture reproduisent au moins cent pour cent ; car si les avances ne sont pas suffisantes, les dépenses de la culture sont plus grandes à proportion, & donnent moins de produit net[1].

9°. Que les enfants des fermiers s’établissent dans les campagnes pour y perpétuer les laboureurs. Car si quelques vexations leur font abandonner les campagnes, & les déterminent à se retirer dans les villes, ils y portent les richesses de leurs peres qui étoient employées à la culture. Ce sont moins les hommes que les richesses qu’il faut attirer dans les campagnes ; & plus on emploie de richesses à la culture des grains, moins elle occupe d’hommes, plus elle prospère, & plus elle donne de profit net. Telle est la grande culture des riches fermiers, en comparaison de la petite culture des pauvres métayers qui labourent avec des bœufs ou avec des vaches[2].

  1. Dans tel Royaume les avances ne produisoient du fort au foible, l’impôt à part, qu’environ 20 pour cent, qui se distribuoient à la dixme, au propriétaire, au fermier, pour son gain, les intérêts de ses avances, & ses risques : Ainsi deficit de trois quarts sur le produit net.
    L’impôt étoit presque tout établi sur les fermiers & sur les marchandises, ainsi il portoit sur les avances des dépenses, ce qui les chargeoit d’environ 500 millions pour l’impôt, les gains, les frais de regie, &c. Et elles ne rendoient à la Nation, à en juger par la taxe d’un dixiéme, qu’environ 400 millions de revenu. Les dépenses productives étoient enlevées successivement par l’impôt, au préjudice de la réproduction. Le sur-faix de l’impôt sur le prix naturel des denrées ajoûtoit un tiers en sus au prix des marchandises dans la dépense du revenu de 400 millions ; ce qui le réduisoit, en valeur réelle, à 300 millions, & portoit le même préjudice au commerce extérieur, & à l’emploi de l’impôt qui rentroit dans la circulation.
    Le commerce réciproque avec l’étranger raporte des marchandises qui sont payées par les revenus de la Nation en argent ou en échange ; ainsi il n’en faut pas faire un objet à part qui formeroit un double emploi. Il faut penser de même des loyers de maisons & des rentes d’intérêt d’argent : car ce sont des dépenses pour ceux qui les payent, excepté les rentes placées sur les terres, qui sont assignées sur un fonds productif ; mais ces rentes sont comprises dans le produit du revenu des terres.
  2. Dans la grande culture, un homme seul conduit une charrue tirée par des chevaux, qui fait autant de travail que trois charrues tirées par des bœufs & conduites par six hommes : Dans ce dernier cas, faute d’avances pour l’établissement d’une grande culture, la dépense annuelle est excessive, & ne rend presque point de produit net. On dit qu’il y a une nation qui est réduite à cette petite culture dans les trois quarts de son territoire, & qu’il y a d’ailleurs un tiers des terres cultivables qui sont en non valeur. Mais le Gouvernement est occupé à arrêter les progrès de cette dégradation, & à pourvoir aux moyens de la réparer. Voyez dans l’Encyclopédie les articles FERMIERS, FERME, GRAINS.