Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/207

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les cèdres sur leurs montagnes, pour regarder en mer si ma barque est arrivée. Chaque été, chaque hiver, le torrent se dessèche au même endroit pour me faire mon passage. Immobiles, les éperviers planent au ciel ; les vieilles portes, dans le désert, restent ouvertes ; la même tente pend au même sommet ; le même ibis dort sur son obélisque ; et, quand le soir vient, ils disent entre eux : " encore, encore, attendons-le jusqu’à la nuit ; attendons-le jusqu’au matin.

Nous ne voulons pas fermer nos cercles dans le ciel, ni rouler sur nos gonds, ni plier notre toile, ni secouer notre aile, ni crouler sur nos murailles sans l’avoir vu revenir. "



Rachel.

Vous êtes donc un fils de roi ? Je l’avais bien pensé.



Ahasvérus.

Non, je ne suis pas un fils de roi. La couronne qui me fait pencher la tête n’est ni d’argent ni d’or ; et la pluie et le vent m’assaillent dans mon palais.



Rachel.

Vous êtes un baron qui revient de terre-sainte ?



Ahasvérus.

Oui, mon enfant, c’est le pays d’où je viens.



Rachel.

Pourquoi n’avez-vous rapporté avec vous ni faucons sur le poing, ni reliques d’ivoire, ni coquillages, ni sable d’or, ni dattes ?



Ahasvérus.

J’ai rapporté des souvenirs plus que je ne voulais. Mon fardeau était pesant. Je n’y ai rien pu ajouter.



Rachel.

Où est-il donc ?



Ahasvérus.

Dans un pli de mon cœur.



Rache