Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/15

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mais, lointain, si lointain qu’il était comme le souvenir d’un songe...

Comment, un jour, de ce songe, est-il sorti une voix et comment cette voix est-elle devenue un ordre ? Je ne sais. Comment, d’une bouche invisible, peut-il tomber un mot qui nous réveille de nous-même, obéissant à sa mystérieuse incantation ? « Quitte cette forêt où tu t’attardes, me disait la voix impérieuse et douce. N’es-tu pas las de ses retraites et de ses solitudes ? Elles n’ont plus rien à t’apprendre, mais sois-leur cependant reconnaissant de ce qu’elles t’ont désappris pour jamais. Ne t’ont-elles pas rendu insensible aux mille vanités et aux creuses ambitions qui tentent la jeunesse des jeunes hommes et proposent à leurs désirs de fausses images de la vie ? À l’ombre des vieux arbres, tu as longuement conversé avec Jacques le Mélancolique et ne t’a-t-il pas, en ces entretiens, communiqué un peu de sa sagesse désabusée ? Ne t’a-t-il pas prémuni contre bien des erreurs et ne t’a-t-il pas fait profiter de son ironique expérience ? Remercie-le. Prends sa main dans la tienne pour un adieu que tu lui renouvelleras au tournant du chemin, car il faut que tu quittes la forêt. Traverse les marais au bord desquels tu as erré trop longtemps sous un ciel gris où passait le