Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/204

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étouffé de Desdemone. Le Procurateur Bragadin ne s’est pas dressé devant moi, transformé par les écorcheurs turcs en une sanglante statue pourprée. Le battement du ventilateur ne m’a pas éventé avec les ailes du Lion de Venise. Je n’ai pas revu les hauts remparts de Famagouste. J’ai laissé derrière moi toutes ces images. Le voyage rend ingrat envers hier. On y est tout à demain.




Que faire à Beyrouth quand on a mangé quelques sucreries et qu’on a acheté quelques « abails » ? C’est une sorte de vêtement syrien, de robe à larges manches, faite de soie légère, souvent tissée de fils d’or ou d’argent qui y forment des arabesques et y dessinent des ornements. Il y en a de toutes couleurs, de blanches, de roses, d’autres d’un vert vif ou pâle, d’autres couleur de sable et de miel. Elles sont souples et brillantes. On aimerait à se promener sans autre vêtement qu’une de ces « abails », car il fait chaud, très chaud, à Beyrouth, une chaleur moite dont pèse l’humide lourdeur.