Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/22

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et parfois il devenait presque un sentier champêtre. Çà et là quelques vieilles pierres, quelques débris de constructions romaines le jalonnaient. L’antique Gaule était présente dans ces décombres qui m’annonçaient que bientôt, sur la terre provençale, je saluerais, en ses temples, en ses arènes, en ses arcs de triomphe, en ses aqueducs, ce qui y subsiste encore de la grandeur de Rome, que bientôt je verrais s’azurer la mer que les trirèmes de la République et de l’Empire déchiraient du bec de leur éperon et battaient de la cadence de leurs rames, la mer où les barques normandes, parties de mon rivage natal, avaient promené leurs voiles conquérantes et leurs proues victorieuses.

Avant de quitter Lyon, j’avais acheté un mince carnet que j’ai retrouvé bien des années après et sur lequel j’ai pu déchiffrer quelques-uns des griffonnages dont j’en avais couvert les pages. Était-ce le geste naïf du jeune voyageur en sa fatuité de se croire le premier à voir les lieux où il passe ? Était-ce le signe d’une destinée qui ne connaîtrait guère d’autre jeu que de couvrir d’écriture d’innombrables feuilles que dispersera le vent ? Quoi qu’il en