Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/246

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Quand l’aube parut, nous étions en vue de Majorque et nous longions sa côte basse que l’aurore rendit plus distincte et qu’éclaira bientôt le soleil. C’est dans sa lumière dorée que j’ai vu s’arrondir le golfe au fond duquel repose Palma, ses maisons, ses vieux remparts, sa cathédrale. Face à la mer, massive, fauve, elle domine de sa lourde beauté la riante et douce cité mallorquine, ses rues étroites et tortueuses, bordées d’antiques demeures aux cours secrètes, aux colonnes sculptées, aux escaliers mystérieux.

Derrière Palma, toute l’île s’étend, montagneuse, sauvage et fertile, avec ses cimes et ses vallées, ses routes et ses sentiers, ses villages, ses ports, ses plantations d’oliviers séculaires aux troncs monstrueux et parfois presque humains dont la torsion douloureuse et suppliciée semble avoir teint de sang la rouge terre d’où ils jaillissent, toute l’île où d’âpres solitudes alternent avec de frais jardins, la belle île où j’ai vécu quelques heureuses journées qui à jamais chanteront dans ma mémoire. Vous oublierai-je jamais, terrasse paresseuse en face de la mer où m’a souri un tendre reflet de ma jeunesse, et vous tiède petit port de Soler, et vous vaste horizon marin de Miramar, et vous Chartreuse de Valdemoisa que hantent encore les ombres