Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/29

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Je ne retrouve rien sur mon carnet des jours que j’ai passés à Marseille, mais j’en ai gardé un vif, un éclatant souvenir. Pour mieux l’évoquer je monte en pensée à Notre-Dame de la Garde ; j’oublie le lourd édifice de marbre pieux qui couronne l’Acropole marseillaise. Me voici sur la haute terrasse de rocher. Je ne suis plus que des yeux qui regardent ; devant moi bleuit l’étendue de la mer, sous un ciel qui la rejoint et qui forme avec elle un immense espace d’air et de lumière où est comme distillée et dissoute une subtile couleur d’or. Selon les heures cet or aérien varie, se nuance, s’éclaire, se fonce et se mêle à un azur changeant qui lui-même se dilue ou s’épaissit ; mes yeux ne se lassent pas de suivre les jeux célestes et marins dont m’enchante le spectacle proche ou lointain. Mes regards vont au bout de l’horizon et en reviennent. Ils en font le tour, s’arrêtent, choisissent, s’attardent, se hâtent. Ils parcourent toute la mer, suivent les contours de la côte, s’enfoncent dans une calanque, explorent un promontoire, se fixent à telle forme du rocher, à telle figure qu’il simule. Je les sens maintenant, mes regards,