Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/34

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se tendait ou s’affalait une voile pourpre ou safran, pages de toile raturées, recousues, tachées, pages éloquentes qui parlaient d’aventures, de périls, de vent, d’écueils, d’attentes, d’écumes, qui parlaient de départs et de retours.

Les heures passent vite sur les quais du Vieux Port. On y rencontre des Marseillais loquaces et barbus, qui pérorent et gesticulent, et de jolies filles aux yeux vifs et à la langue prompte. On y rencontre des touristes qui vont s’embarquer pour le Château d’If, des marchandes de coquillages et des vendeuses de bouquets, des matelots de toutes les nations, y compris des Provençaux. On y rencontre des Turcs coiffés du fez, des Arabes en burnous, des Grecs en fustanelle et tous les Levantins du Levant. On y rencontre des oiseleurs qui proposent à acheter des perroquets. On y offre des singes. On peut s’arrêter en des cabarets que décore un Orient de papier peint et où des patrons et des capitaines discutent. Il y a des boutiques d’engins de pêche et d’instruments de navigation. Le jour passe ainsi ; le soir tombe. Comment ne pas finir la journée par une bouillabaisse ?

Voici la nuit venue, Marseille s’allume.