Page:Régnier - Les Jeux rustiques et divins, 1897, 2e éd.djvu/113

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
109
ARÉTHUSE


L’IMAGE


Les deux enfants sont loin que nous avons été,
Tout un printemps et presque jusques à l’été.
Toi, dans mon souvenir, et moi, dans ta mémoire
Nous sommes là toujours l’un et l’autre et l’eau noire
Du Passé entre nous stagne et si je m y penche
J’y vois ta face claire et ta tunique blanche
Et, riant de s’y voir inverse, ton visage
Avec derrière toi tout le doux paysage
D’arbres et de jardin, de ciel et de nuée,
Et je t’y vois, là-bas, toute diminuée
De songe et de distance et réduite à la taille
Qu’une Déesse prend sur sa propre médaille
Et si petite que je crois que la figure
Est sculptée au joyau de quelque pierre dure,
Car dans le sombre onyx où durcit ma mémoire
Comme en mon souvenir de temps et d’onde noire
Tu vis avec moi-même, ô toi que j’ai aimée,
Nymphe du miroir d’eau, Déesse du camée !