Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/110

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la dague et du poignart, armé, non armé, au boucler, à la cappe, à la rondelle.

Couroit le cerf, le chevreuil, l’ours, le dain, le sanglier, le lievre, la perdrys, le faisant, l’otarde. Jouoit à la grosse balle et la faisoit bondir en l’air, autant du pied que du poing. Luctoit, couroit, saultoit, non à troys pas un sault, non à clochepied, non au sault d’Alemant, — car (disoit Gymnaste) telz saulx sont inutiles et de nul bien en guerre, — mais d’un sault persoit un foussé, volloit sus une haye, montoit six pas encontre une muraille et rampoit en ceste façon à une fenestre de la haulteur d’une lance.

Nageoit en parfonde eau, à l’endroict, à l’envers, de cousté, de tout le corps, des seulz pieds, une main en l’air, en laquelle tenant un livre, transpassoit toute la riviere de Seine sans icelluy mouiller, et tyrant par les dens son manteau, comme faisoit Jules Cesar. Puis d’une main entroit par grande force en basteau ; d’icelluy se gettoit de rechief en l’eaue, la teste premiere, sondoit le parfond, creuzoyt les rochiers, plongeoit es abymes et goufres. Puis icelluy basteau tournoit, gouvernoit, menoit hastivement, lentement, à fil d’eau, contre cours, le retenoit en pleine escluse, d’une main le guidoit, de l’aultre s’escrimoit avec un grand aviron, tendoit le vele, montoit au matz par les traictz, bourroit sus les brancquars, adjoustoit la boussole, contreventoit les bulines, bendoit le gouvernail.

Issant de l’eau, roidement montoit encontre la montaigne et devalloit aussi franchement ; gravoit es arbres comme un chat, saultoit de l’une en l’aultre comme un escurieux, abastoit les gros rameaulx comme un aultre Milo. Avec deux poignards asserez et