Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/247

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dains, lievres, connilz, belettes, foynes, blereaux et aultres bestes, l'on trouvoit par les champs mortes, la gueulle baye. Au regard des hommes, c'estoit la grande pitié. Vous les eussiez veuz tirans la langue, comme levriers qui ont couru six heures ; plusieurs se gettoyent dedans les puys ; aultres se mettoyent au ventre d'une vache pour estre à l'hombre, et les appelle Homere Alibantes. Toute la contrée estoit à l'ancre. C'estoit pitoyable cas de veoir le travail des humains pour se garentir de ceste horrificque alteration, car il avoit prou affaire de sauver l'eaue benoiste par les eglises à ce que ne feust desconfite ; mais l'on y donna tel ordre, par le conseil de messieurs les cardinaulx et du Sainct Pere, que nul n'en osoit prendre que une venue. Encores, quand quelc'un entroit en l'eglise, vous en eussiez veu à vingtaines, de pauvres alterez qui venoyent au derriere de celluy qui la distribuoit à quelc'un, la gueulle ouverte pour en avoir quelque goutellete, comme le maulvais riche, affin que rien ne se perdist. O que bienheureux fut en icelle année celluy qui eust cave fresche et bien garnie !

Le Philosophe raconte, en mouvent la question pour quoy c'est que l'eaue de la mer est salée, que, au temps que Phebus bailla le gouvernement de son chariot lucificque à son filz Phaeton, ledict Phaeton, mal apris en l'art et ne sçavant ensuyvre la line ecliptique entre les deux tropiques de la sphere du soleil, varia de son chemin et tant approcha de terre qu'il mist à sec toutes les contrées subjacentes, bruslant une grande partie du ciel que les Philosophes appellent Via lactea et les lifrelofres nomment le chemin Sainct Jacques, combien que les plus huppez poetes disent estre la part où tomba le laict de Juno lors qu'elle allaicta Hercules : adonc