Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/69

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nous le moine.

— Je le vous nye (dist il). Il ne fut, troys jours a, ceans. »

Devinez icy duquel des deux ilz avoyent plus matiere, ou de soy cacher pour leur honte, ou de ryre pour le passetemps.

Eulx en ce pas descendens tous confus, il demanda :

«  Voulez vous une aubeliere ?

— Qu’est ce ? disent ilz.

— Ce sont (respondit il) cinq estroncz pour vous faire une museliere.

— Pour ce jourd’huy (dist le maistre d’hostel), si nous sommes roustiz, jà au feu ne bruslerons, car nous sommes lardez à poinct, en mon advis. O petit mignon, tu nous as baillé foin en corne, je te voirray quelque jour pape.

— Je l’entendz (dist il) ainsi ; mais lors vous serez papillon, et ce gentil papeguay sera un papelard tout faict.

— Voyre, voyre, dist le fourrier.

— Mais (dist Gargantua) divinez combien y a de poincts d’agueille en la chemise de ma mere.

— Seize, dist le fourrier.

— Vous (dist Gargantua) ne dictes l’Evangile : car il y en a sens davant et sens derriere, et les comptastes trop mal.

— Quand ? (dist le fourrier).

— Alors (dist Gargantua) qu’on feist de vostre nez une dille pour tirer un muy de merde, et de vostre gorge un entonnoir pour la mettre en aultre vaisseau, car les fondz estoient esventez.

— Cordieu ! (dist le maistre d’hostel) nous avons trouvé un causeur. Monsieur le jaseur, Dieu vous guard de mal, tant vous avez la bouche fraische ! »

Ainsi descendens à grand haste, soubz l’arceau des degrez laisserent tomber le gros livier qu’il leurs avoit chargé ; dont dist Gargantua :

«  Que diantre vous estes maulvais chevaucheurs ! Vostre courtault vous fault au besoing. Se il vous falloit aller d’icy à Cahusac,