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prologve.


as de quoy dorenavant te faire riche. Soys homme de bien.

Couillatris courtoisement remercie Mercure : revère le grand Iuppiter : sa coingnée antique attache à sa ceincture de cuyr : & s’en ceinct sus le cul, comme Martin de Cambray. Les deux aultres plus poisantes il charge à son coul. Ainsi s’en va prelassant par le pays, faisant bonne troigne parmy les paroeciens & voysins : & leurs disant le petit mot de Patelin : en ay ie ? Au lendemain vestu d’une sequenie blanche, charge sus son dours les deux precieuses coingnées, se transporte à Chinon ville insigne, ville noble, ville antique, voyre première du monde, scelon le iugement & assertion des plus doctes Massorethz. En Chinon il change sa coingnée d’argent en beaulx testons & aultre monnoye blanche : sa coingnée d’Or, en beaulx Salutz, beaulx moutons à la grande laine, belles Riddes, beaulx Royaulx, beaulx escutz au Soleil. Il en achapte force mestairies, force granges, force censes, force mas, force bordes & bordineux, force cassines : prez, vignes, boys, terres labourables, pastis, estangs, moulins, iardins, saulsayes : beufz, vaches, brebis, moutons, chèvres, truyes, pourceaulx, asnes, chevaulx, poulles, cocqs, chappons, poulletz, oyes, iars, canes, canars, & du menu. Et en peu de temps feut le plus riche homme du pays : voyre plus que Maulevrier le boyteux.

Les francs gontiers & Iacques bons homs du voysinage voyants ceste heureuse rencontre de Couillatris, feurent bien estonnez : & feut en leurs espritz la pitié & commiseration, que au paravant avoient du paouvre Couillatris, en envie changée de ses richesses tant grandes & inopinées. Si commencèrent courir, s’enquerir, guementer, informer par quel moyen, en quel lieu, en quel iour, à