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chapitre ix.


(dist Panurge) avoit doncques lanterné leur mère.

Quelle mère (dist le Potestat) entendez vous ? C’est parenté de vostre monde. Ilz ne ont père ne mère. C’est à faire à gens de delà l’eau, à gens bottez de foin.

Le bon Pantagruel tout voyoit, & escoutoit : mais à ces propous il cuyda perdre contenence.

Avoir bien curieusement consyderé l’assiette de l’isle & meurs du peuple Ennasé, nous entrasmez en un cabaret pour quelque peu nous refraischir. Là on faisoit nopces à la mode du pays. Au demourant chère & demye. Nous presens feut faict un ioyeulx mariage, d’une poyre femme bien gaillarde, comme nous sembloit toutesfoys ceulx qui en avoient tasté, la disoient estre mollasse, avecques un ieune fromaige à poil follet un peu rougeastre. I’en avoys aultres foys ouy la renommée, & ailleurs avoient esté faictz plusieurs telz mariages. Encores dict on en nostre pays de vache, qu’il ne feut oncques tel mariage, qu’est de la poyre & du fromaige. En une aultre salle ie veids qu’on marioit une vieille botte avecques un ieune & soupple brodequin. Et feut dict à Pantagruel, que le ieune brodequin prenoit la vieille botte à femme, pource qu’elle estoit bonne robbe, en bon poinct & grasse à profict de mesnaige, voyre feust ce pour un pescheur. En une aultre salle basse ie veids un ieune escafignon espouser une vieille pantophle. Et nous feut dict que ce n’estoit pour la beaulté ou bonne grace d’elle, mais par avarice & convoitise de avoir les escuz dont elle estoit toute contrepoinctée.