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le quart livre.


& avoient l’Imperatrice sa femme chassé hors la ville ignominieusement montée sus une vieille mule nommée Thacor à chevauchons de rebours : sçavoir est le cul tourné vers la teste de la mule, & la face vers la croppière. Frederic à son retour les ayant subiuguez & resserrez feist telle diligence qu’il recouvra la celèbre mule Thacor. Adoncques on mylieu du grant Brouet par son ordonnance le bourreau mist es membres honteux de Thacor une Figue præsens & voyans les citadins captifz : puys crya de par l’Empereur à son de trompe, que quiconques d’iceulx vouldroit la mort evader, arrachast publicquement la Figue avecques les dens, puys la remist on propre lieu, sans ayde des mains. Quiconques en feroit refus, seroit sus l’instant pendu & estranglé. Aulcuns d’iceulx eurent honte & horreur de telle tant abhominable amende : la postpousèrent à la craincte de mort : & feurent penduz. Es aultres la craincte de mort domina sus telle honte. Iceulx avoir à belles dens tiré la Figue, la monstroient au Boye apertement disans. Ecco lo fico.

En pareille ignominie, le reste de ses paouvres & desolez Guaillardetz feurent de mort guarantiz & saulvez. Feurent faicts esclaves & tributaires & leurs feut imposé nom de Papefigues : par ce qu’au protraict Papal avoient faict la Figue. Depuys celluy temps les paouvres gens n’avoient prosperé. Tous les ans avoient gresle, tempeste, peste, famine, & tout malheur, comme eterne punition du peché de leurs ancestres & parens.

Voyans la misère & calamité du peuple, plus avant entrer ne voulusmes. Seulement pour prendre de l’eaue beniste & à Dieu nous recommander, entrasmes dedans une petite chapelle près le havre ruinée,