Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/114

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I06 LE CINQVIESME LIVRE.

Pantagrael, eft-elle plus redoutable, que Ion n’y encend rien. Car finelTe encendue, fineiïe preueuë, finefTe dercouuerce perd de fineiïe & l’eflence & le nom : nous la nommons lourderie. Sur mon hon- neur qu’ils en fauent bien d’autres. La proceflion acheuee, comme pourmenement&exercitationfalubre, ils fe retiroient en leur refedoir, & deiïbus les tables fe mectoient à genoux, s’appuyans la poiftrine & iïo- mach, chafcun fus vne lanterne : Eux eftans en ceft eftat, entroit vn grand Efclot, ayant vne fourche en main, & là les traitoit à la fourche : de forte qu’ils commençoient leur repas^ par fourmage, & l’ache- uoient par mouftarde & laiftue, comme tefmoigne Martial, auoir eil ; é l’vfage des Anciens. En fin on leur prefentoit à chafcun d’eux vne platelee de mouf- tarde, & el^oient feruis de mouftarde après difner. Leur diette eftoit telle : Au dimanche ils man- geoient boudins, andouilles, fauciiïbns, fricandeaux, haiïereaux, caillettes, exceptez toufiours le four- mage d’entrée, & mouftarde pour l’iiïlie. Au lundy, beaux pois au lard, auec ample comment, & glofe interlineare. Au mardy, force pain benift, fouaces, gafteaux, galettes bifcuites. Au mecredy, rurtrerie, ce font belles teftes de mouton, telle de veau, telle de bedouaux, lefquelles abondent en icelle contrée. Au ieudy, potages de fept fortes, & mouftarde éternelle parmy. Au vendredy, rien que cormes, encores n’eftoient-elles trop meures, félon que iuger ie pou- uois à leur couleur. Au famedy, rongeoient les os, non pourtant eftoient-ils pauures ne fouffreteux : car vn chafcun d’eux auoit bénéfice de ventre, bien bon. Leur boire eftoit vn antifortunal, ainfi appel- loient-ils ne fcay quel bruuage du pays. Quant ils vou- loient boire ou manger, ils rabbatoient leurs cahuets