Page:Racan Tome I.djvu/269

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Le bien de la fortune est un bien perissable ;
Quand on bastit sur elle on bastit sur le sable.
Plus on est eslevé, plus on court de dangers :
Les grands pins sont en bute aux coups de la tempeste,
Et la rage des vents brise plûtost le faiste
Des maisons de nos roys que des toits des bergers.

Ô bien-heureux celuy qui peut de sa memoire
Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire
Dont l’inutile soin traverse nos plaisirs,
Et qui, loin retiré de la foule importune,
Vivant dans sa maison content de sa fortune,
A selon son pouvoir mesuré ses desirs !

Il laboure le champ que labouroit son pere ;
Il ne s’informe point de ce qu’on delibere

    tius vives, Licini, etc., et que ce rapport plus ou moins marqué avec deux odes différentes semble exclure l’idée de la traduction en prose d’une seule pièce destinée à être reproduite en vers. Ce double rapport s’expliqueroit très bien par ce que dit l’abbé de Marolles dans une lettre qui figure au commentaire de la nouvelle édition de Tallemant que nous venons de citer : « M. de Racan… estoit trés peu sçavant dans la langue latine, qu’il n’eut jamais assez d’esprit pour bien apprendre ; ce qui faisoit qu’il disoit à tout le monde qu’il n’en sçavoit pas un mot. Cela n’estoit pas véritable : il entendoit assez bien les poétes latins pour les pouvoir lire en leur langue. » Nous avons pensé long-temps qu’il pouvoit en être ainsi, et il n’a pas fallu moins que ce que répète Racan jusqu’à satiété, même dans ses correspondances intimes, pour nous ramener à l’opinion générale sur ce point. Enfin nous aimerions surtout à croire ici, comme nous le faisons fermement pour d’autres morceaux de lui, ou de simples passages qu’on soupçonne également d’avoir été imités des anciens, qu’il a puisé ses inspirations, non pas dans Horace, mais aux mêmes sources qu’Horace, c’est-à-dire dans une douce philosophie, dans le sentiment poétique et dans son cœur.