Page:Racan Tome I.djvu/396

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meilleur moyen que j’aye trouvé pour me conserver en santé est de ne donner à la nature que ses nécessitez, à l’exemple du duc de Savoye, grand-père de celuy-cy, qui ne mangeoit jamais qu’à sa faim.

C’est dans ce régime que toute sorte de viandes froides et chaudes, grossières et délicates, m’ont été également salutaires et m’ont entretenu en santé bien avant dans la vieillesse, sans avoir eu besoin du secours des successeurs de Galien et d’Hippocrate. Mais ce régime ne se peut pas aisément pratiquer que dans une maison où l’on est le maître, et non pas dans les armées, où il faut boire, manger et dormir en tous lieux et à toutes heures, quand on en a le temps plustost que par provision et par nécessité.

Je n’ay pas laissé de passer la plus belle saison de ma vie dans les guerres de Louis le Juste.

Je l’ay suivi dans les combats ;
J’ay vu foudroyer les rebelles,
J’ay vu tomber leurs citadelles
Sous la pesanteur de son bras ;
J’ay vu forcer les avenues
Des Alpes qui percent les nues,
Et leurs sommets impérieux
S’humilier devant la foudre
De qui l’éclat victorieux
Avoit mis La Rochelle en poudre.

Je ne me retiray dans ma maison qu’en un âge où je pouvois dire avecque vérité :

Déjà cinquante hyvers ont neigé sur ma teste,
Il est désormais temps que, loin de la tempeste,
J’aspire à ce repos qui n’est point limité
————Que de l’eternité.