Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/119

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mouchoir ; il ne pouvoit parler ; mais Emilie continua de retracer à son père les vérités qu’il avoit su lui inculquer lui-même.

La pauvreté, lui disoit-elle, ne pourra nous priver d’aucune des jouissances de l’ame ; vous pourrez toujours être un exemple de courage et de bonté, et moi la consolation d’un père chéri ; nous saurons toujours apprécier les grandes choses, les belles choses ; nous pourrons toujours en goûter le charme. Les scènes de la nature, ces spectacles sublimes si fort au-dessus d’un luxe artificiel, les scènes de la nature s’ouvrent au pauvre comme au riche. De quoi donc pourrons-nous nous plaindre, tant que le nécessaire nous restera ? Des plaisirs que l’argent ne sauroit payer, continueront d’être sous notre main : nous garderons le sublime superflu de la nature, et nous-perdrons celui de l’art.

Saint-Aubert ne pouvoit répondre ; il serra Emilie contre son cœur : leurs larmes se confondirent, mais ce n’étoit plus des larmes de tristesse. Après ce langage du sentiment, tout autre auroit, été trop foible, et tous deux gardèrent le silence : Saint-Aubert alors causa comme de coutume, et si son esprit n’avoit pas sa tran-