Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/165

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sin du sien, qui l’invitoit à se rendre près d’elle. Emilie n’accepta pas l’offre ; mais elle répondit avec reconnoissance. La sainte conversation du Père, la douce bienveillance de ses manières, qui ressembloient à celles de Saint-Aubert, calmèrent un peu la violence de ses transports : elle éleva son cœur à l’Être éternel, présent par-tout : relativement à Dieu, se disoit Emilie, mon père bien-aimé existe, ainsi qu’hier il existait pour moi. Il n’est mort que pour moi : pour Dieu, pour lui, véritablement il existe.

Le bon moine la laissa plus tranquille qu’elle ne l’avoit été depuis la mort de Saint-Aubert ; et avant que de se retirer à la chambre, elle se confia assez à elle-même pour oser visiter le corps. Elle approcha du lit en silence ; les traits calmes et sereins portoient encore l’empreinte des dernières sensations qu’ils avoient reçues. Elle détourna pourtant ses yeux avec horreur ; l’immobilité de la mort étoit fixée sur ce visage, auparavant si animé : elle regarda ensuite avec une sorte de doute et de stupide étonnement. Sa raison ne pouvoit bannir un machinal et inconcevable espoir, de saisir un mouvement sur cette figure chérie. Elle la contempla, elle prit la main, parla,