Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/197

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fut dans les bois, et se vit près du bâtiment, elle s’arrêta, s’appuya contre un arbre, et pleura quelques minutes avant de pouvoir avancer. Le petit sentier qui menoit au pavillon étoit alors tout embarrassé d’herbes ; les fleurs, que Saint-Aubert avoit semées sur les bords, en paroissoient presque étouffées ; les orties, le houx croissoient par touffes ; elle regardoit tristement cette promenade négligée, où tout sembloit morne et flétri ; elle ouvrit la porte en tremblant. Ah ! dit-elle, chaque chose est comme je l’ai laissée, quand j’étois avec ceux qui ne reviendront jamais ; elle alla vers la fenêtre, et les yeux fixés sur le ruisseau, elle se perdit bientôt dans une sombre rêverie ; son luth étoit oublié près d’elle ; les sifflemens aigus des vents qui agitoient la cime des pins, leurs souffles adoucis qui murmuroient dans les osiers, et les penchoient sur le courant, formoient une sorte de musique bien conforme aux sentimens de son cœur. Emilie continuoit de rêver sans songer que la nuit alloit venir, et que le dernier rayon du soleil coloroit le sommet des montagnes. Elle seroit sans doute restée bien plus long-temps dans cette situation, si le bruit de quelques pas derrière le bâtiment n’eût tout-à-coup excité son atten-